Au commencement était… le raisin

Pour faire du vin, c’est simple, on prend du raisin et on fait fermenter son jus. C’est à la fois très simple… et assez complexe, de nombreux composants, phénomènes et réactions chimiques entrant en jeu lors de ce processus. Mais la base de ce « big bang » reste toujours la même : le grain de raisin.

Il existe des tas de rai­sins dif­fé­rents, que l’on dis­tingue par leur cou­leur (noirs, blancs, voire même… gris !) ou encore leur varié­té (les fameux « cépages »).
Ces nuances condui­ront à des vins eux-mêmes dif­fé­rents, mais fort heu­reu­se­ment tous ces rai­sins pos­sèdent en com­mun quatre élé­ments fon­da­men­taux, les « 4P », qui consti­tuent un peu la « boîte à outils » du rai­sin, qui lui ser­vi­ra à faire du vin.
Explo­ra­tion, de la sur­face jusqu’au cœur de la baie.

La Pruine

Même si elle ne fait pas par­tie inté­grante de la baie, cette couche cireuse blan­châtre est impor­tante, car elle contient des levures qui per­met­tront la trans­for­ma­tion du jus de rai­sin en vin (la « fer­men­ta­tion »).

Mal­heur donc à celui qui la pren­drait pour de la pous­sière et aurait la mau­vaise idée de « laver » les rai­sins avant de les vinifier…

La Peau (ou Pellicule)

C’est sans doute la par­tie à laquelle on pense le moins, et pour­tant c’est la plus impor­tante, la plus « noble » disent cer­tains. Elle contient en effet un grand nombre de com­po­sants qui par­ti­ci­pe­ront au type et au style du futur vin :
• les matières colo­rantes, qui don­ne­ront leur teinte aux vins rouges et rosés après macé­ra­tion dans le jus;
• la plu­part des sub­stances odo­rantes qui don­ne­ront au vin ses arômes;
• la majo­ri­té des tanins qui four­ni­ront la char­pente des vins rouges.

La Pulpe

La « chair » du fruit, com­po­sée évi­dem­ment en grande par­tie d’eau (70–80 %), mais ren­fer­mant aus­si la qua­si-tota­li­té des sucres, sucres qui seront trans­for­més en alcool au cours de la fer­men­ta­tion. La pulpe ren­ferme éga­le­ment la majo­ri­té des acides, élé­ments fon­da­men­taux pour le bon équi­libre gus­ta­tif des vins.

En revanche, la pulpe est inco­lore : c’est de la peau que vien­dra la cou­leur du vin.

Les Pépins

On en trouve entre 2 et 4 par grain. Ils contiennent prin­ci­pa­le­ment des matières grasses (à l’origine de la fameuse « huile de pépins de rai­sin ») et des tanins, mais dont la qua­li­té est bien moindre que ceux de la peau.

On com­prend dès lors que les pépins ne par­ti­cipent pas à la qua­li­té finale du vin, et il fau­dra donc évi­ter que leur conte­nu se répande dans le jus.

Le cinquième élément

Il existe un autre élé­ment com­po­sant non le grain mais la grappe de rai­sin: il s’agit de la « rafle », la tige verte rete­nant tous les grains ensemble et qui est en quelque sorte le sque­lette de la grappe.

Comme on peut s’y attendre, cette par­tie pure­ment végé­tale, si on la conser­vait, appor­te­rait sur­tout des saveurs her­ba­cées au vin. C’est pour­quoi on pra­tique en géné­ral, préa­la­ble­ment à la fer­men­ta­tion, un éra­flage des grappes afin de ne gar­der que les grains.

Néan­moins, cer­tains viti­cul­teurs choi­sissent par­fois de gar­der de la rafle sur une par­tie de la ven­dange (éra­flage par­tiel), voire sur la tota­li­té (on parle alors de « ven­dange entière ») afin d’apporter des tanins et de la char­pente au vin.


Le conseil de Charlotte

Rien ne rem­place l’expérience. La pro­chaine fois que vous man­ge­rez du rai­sin (sur­tout noir), essayez d’en décor­ti­quer chaque partie :
- obser­vez la couche de pruine sur les grains et notez son aspect cireux dif­fé­rent de celui d’une simple couche de poussière;
- éplu­chez le grain et goû­tez seule la peau : notez la sen­sa­tion d’astringence que vous res­sen­tez, qui assèche un peu la bouche sans être désa­gréable (ce sont les « bons » tanins), ain­si que les dif­fé­rents arômes, sur­pre­nants dans une couche aus­si fine;
- cro­quez dans la pulpe et vous ver­rez que vous res­sen­ti­rez beau­coup le sucre, mais assez peu les arômes (puisqu’ils sont concen­trés dans la peau);
- enfin, cro­quez dans les pépins : cette fois l’astringence est désa­gréable, pleine d’amertume (ce sont les « mau­vais » tanins qu’il faut éviter).