Tout sur le millésime

Le millésime, c’est l’année de naissance du vin. Comme le nom du domaine ou du château, il contribue à l’image qualitative du vin. Toutes les années ne se valent pourtant pas, et certains vins s’affranchissent même de cette mention. Alors, à quoi sert-il vraiment ?

Pourquoi millésimer un vin ?

Le mil­lé­sime est tel­le­ment lié à la notion même de vin, qu’on en oublie­rait presque que cette men­tion n’est pas obli­ga­toire. Le cham­pagne, par exemple, n’est en géné­ral pas mil­lé­si­mé (c’est peut-être pour cela d’ailleurs que cer­tains pensent que ce n’est pas du vin…).

Et on boit avec plai­sir divers alcools, et pas des moindres comme le whis­ky ou le cognac, qui ne sont pas mil­lé­si­més, alors pour­quoi faire une excep­tion pour le vin ?

Parce qu’à l’inverse des alcools, une fois en bou­teille le vin conti­nue d’évoluer, de mûrir (et de vieillir). Le mil­lé­sime per­met donc deux choses : connaître l’année de nais­sance du vin, et son âge. 

C’est la même chose, pen­sez-vous sans doute, il suf­fit d’un petit cal­cul pour déduire l’un de l’autre. Certes, mais les chiffres ne disent pas tout.

Petit et grand millésime

Ain­si, ce n’est pas la même chose de boire un vin de Bor­deaux du mil­lé­sime 2010 en 2020, ou un 2013 en 2023. Pour­tant, les deux vins ont dix ans d’âge. D’où vient la dif­fé­rence, alors ? Du millésime.

A Bor­deaux, les condi­tions cli­ma­tiques du mil­lé­sime 2010 furent qua­si-par­faites, don­nant des vins riches, com­plexes et struc­tu­rés, aptes à la garde. 2013 fut plus chao­tique, avec des vins plus légers et ronds, à boire rapidement.

Le 2010 goû­té au bout de dix ans est en pleine matu­ra­tion, déjà agréable mais avec encore du poten­tiel ; le 2013 en revanche est sans doute déjà « fati­gué »… D’où l’importance, au-delà de l’âge, de connaître la date de nais­sance du vin, indi­ca­teur de qualité.

Pourquoi ne pas millésimer un vin ?

Une autre ques­tion vient main­te­nant à l’esprit : pour­quoi, si toutes les années ne se valent pas en qua­li­té, ne pas mil­lé­si­mer seule­ment les meilleures ?

C’est exac­te­ment ce qui se pra­tique en Cham­pagne, où l’écrasante majo­ri­té des cuvées sont com­po­sées d’un assem­blage de vins de mil­lé­simes dif­fé­rents et ne peuvent affi­cher d’année de naissance.

La Cham­pagne étant le vignoble le plus sep­ten­trio­nal de France, his­to­ri­que­ment les condi­tions cli­ma­tiques n’y étaient pas tous les ans favo­rables à une par­faite matu­ra­tion des rai­sins, et par consé­quent l’assemblage de vins de plu­sieurs mil­lé­simes per­met­tait de « lis­ser » ces aléas cli­ma­tiques en pro­po­sant, chaque année, un cham­pagne de bonne qualité.

Cela étant, les cham­pagnes mil­lé­si­més existent et ont même ten­dance à se déve­lop­per. Les pro­duc­teurs décident sou­vent de « mil­lé­si­mer » une par­tie de la récolte des années par­ti­cu­liè­re­ment qualitatives.

Les autres régions ne pour­raient-elles faire de même et n’afficher que les meilleures années ? Certes, mais ce n’est pas la tra­di­tion et pour­rait même paraître un peu sus­pect aujourd’hui… De plus, l’Europe est venue au secours des pro­duc­teurs en auto­ri­sant depuis quelques années à mil­lé­si­mer un vin à par­tir du moment où 85 % au moins de ce qui se trouve dans la bou­teille pro­vient de l’année en question. 

L’effet millésime

Com­ment le mil­lé­sime influe-t-il sur la qua­li­té des vins ? Pour reprendre une méta­phore ciné­ma­to­gra­phique, le mil­lé­sime est comme un « scé­na­rio ori­gi­nal ». Aucune année ne res­semble à une autre pour ce qui concerne les condi­tions climatiques. 

Les rai­sins n’ont donc pas tou­jours les condi­tions idéales pour arri­ver à une belle matu­ri­té. Ce qui est vrai chaque année pour les tomates ou les fruits d’été l’est éga­le­ment pour la vigne.

C’est pour­quoi il est vain de vou­loir pro­duire et goû­ter chaque année le même vin. Une bou­teille est une cap­sule tem­po­relle qui ren­ferme un témoin d’une année don­née, d’un moment météo­ro­lo­gique pré­cis. C’est une par­tie de sa beau­té et de son intérêt !


Le conseil de Charlotte

Grâce au pro­grès de la science et des tech­niques, il n’y a plus vrai­ment de « mau­vais » mil­lé­simes. N’hésitez donc pas à ache­ter des mil­lé­simes répu­tés « petits », ils sont sou­vent moins chers et peuvent être bus sans attendre dix ans !